Commençons par le commencement: d’où vient le thé ? Qui le produit ? Et comment ?

Chaque seconde, sur notre petite planète, ce sont plus de 15 000 tasses de thé qui sont bues. Après l’eau, le thé est donc la deuxième boisson la plus consommée en el mundo !

Le principal producteur de thé, avec un tiers de la production mondiale, est aujourd’hui la Chine. Suivent l’Inde, le Kenya et le Sri Lanka. Comme la Chine et l’Inde sont des gros buveurs, ils consomment le thé qu’ils produisent. Ce qui n’est pas le cas du Sri Lanka où la production de thé est destinée à l’exportation à hauteur de 90%. A l’inverse du Sri Lanka, on pourrait prendre l’exemple du Japon où 97% de la production de thé reste dans le pays pour être bu localement.

Face à une forte hausse de la demande mondiale de thé au cours des dernières années, de nombreux pays se sont essayés à le cultiver. C’est le cas par exemple de pays africains tels que le Kenya. Ce qui nous donne un total de 36 pays producteurs répartis en Asie (Laos, Inde, Chine, Japon, Sri Lanka etc.), Afrique (Kenya, Mozambique, Malawi, Tanzanie) et en Amérique Latine.

Qui produit ?Au Sri Lanka, deux types de producteurs : soit des petits propriétaires exploitants (organisation familiale) qui représentent 50% de la production nationale de thé soit des grandes plantations.Dans le premier cas, ce sont des locaux Singhalais qui détiennent leurs propres terres. Dans le deuxième cas, ce sont des grands propriétaires terriens qui détiennent l’ensemble des moyens de production, main d’œuvre comprise. Cela fait suite aux lois de privatisation imposées par l’OMC, le FMI et la Banque Mondiale. Ces structures possèdent de grandes plantations qui sont le magnifique héritage de la tradition coloniale. 80% des ventes mondiales de thé proviennent de ces complexes postcoloniaux.

La cueillette : « 1, 2, 3 allons dans les plantations »

La cueillette du thé est un joli mot pour désigner un travail laborieux, épuisant et galère. Cette tâche est confiée aux femmes, celles-ci pouvant ramasser jusqu’à 35 kg de feuilles par jour soit 10h de taf. Les hommes eux, s’occupent de l’entretien des sols et des plants. Une fois ramassées, ces feuilles doivent attendre 24h avant d’être transformées en thé vert ou thé noir (le thé noir représente 75% de la production mondiale de thé ainsi que 90% de la consommation occidentale). Ces étapes se réalisent sur le lieu de production, à savoir au cœur des plantations.

La transformation à forte valeur ajoutée : le jeu des multinationales

L’activité la plus rentable, à savoir la transformation/conditionnement, est réalisée par … les multinationales. Il y a plusieurs grands groupes dont Nestlé, Unilever and James Finlay. L’étape de transformation permet aux entreprises de mélanger différentes qualités de matières premières, d’origines multiples et ainsi offrir une gamme très diverse de thé, à des prix eux aussi les plus larges possible. Pourquoi ?Tout ceci pour satisfaire uniquement les besoins des consommateurs occidentaux qui veulent pouvoir choisir leur thé. Les transformateurs locaux qui ne détiennent qu’une seule matière première ne peuvent réaliser ce processus, pourtant bien plus rentable et lucratif. En effet, l’opération de transformation ainsi que de l’emballage représentent 80 % du prix de vente final qui est au détail. Imaginons qu’on achète un paquet de thé qui coûte 3 EUR ; sur ces 3EUR, seulement 0,60 EUR reviennent au producteur.

Le marché du thé, drôle de fixation du prix. Comment ça se passe ?

Le thé est une matière première agricole dont la culture est soumise aux aléas climatiques et instabilités politiques. Il est vendu via des ventes aux enchères ou des transactions privées et comme il n’existe pas de marché à termes, le jeu de l’offre et de la demande bat son plein. Ce sont par conséquent les acheteurs qui décident de tout : du volume acheté et donc du prix. Ils profitent de chaque opportunité pour faire pression et obtenir le prix le plus bas possible. Comme il n’y a pas de bourse ni de marché international, il n’y a pas de cours mondial du thé et ses prix en sont d’autant plus volatiles.

Chaque pays producteur a sa place aux enchères, au Sri Lanka elle est à Colombo et la plus importante au niveau mondial est celle de Mombassa au Kenya.

La commercialisation

On va être clair : l’ensemble des débouchés commerciaux est entre les mains des grandes industries agroalimentaires. Une marque au hasard … Lipton Yellow, détenu par … Unilever ! Quelles sont les principaux débouchés ?

En tant que boisson, chaude ou froide (sodas tels que Nestea), en vrac ou en sachet ; l’industrie pharmaceutique et cosmétique (gel douche, huiles essentielles, dentifrice) : le thé est donc présent dans la composition de nombreux produits de consommation.

Qui n’a jamais cru en les vertus bienfaitrices du thé vert ? Sa consommation réduirait même les risques liés aux cancers.

Ca y est, on a donc trouvé et décrit les différentes personnes qui se trouvent à chaque extrémité de la filière du thé, sauf que le rapport de force n’est pas vraiment le même entre le petit cueilleur sri-lankais et nous autres consommateurs européens sur l’organisation de celle-ci. C’est notre volonté d’avoir du choix entre un thé saveur agrumes ou fruit rouge ou encore de se badigeonner le corps avec de l’huile essentielle au thé vert qui participe à la mise en place de tout ce système. Les industries agroalimentaires organisent la production, gère l’approvisionnement mais leurs profits reposent quasi intégralement sur notre capacité infatigable à consommer toujours plus et si possible jamais le même produit. La boucle est bouclée, la feuille de thé, cueillie sur les collines sri-lankaises suis un chemin bien précis pour arriver dans nos tasses et l’affaire semble bien menée.

Sauf que le commerce du thé ressemble à bien d’autres, inégalitaire et porteur d’injustices. Des millions d’hommes, de femmes et même d’enfants vivent et travaillent directement dans les plantations, dans des conditions le plus souvent indécentes. Les propriétaires, respectent rarement les lois ou conventions passées avec le gouvernement lors des privatisations massives, à savoir : l’exigence d’un salaire minimum, les conventions en matière de droit du travail, de couverture sociale. Ils n’offrent pas non plus un accès aux soins médicaux, à l’éducation ou encore à l’eau potable. Face à ce constat déplorable, et pour déjouer les règles du commerce international classique, de nombreuses structures ont choisi de se lancer dans la filière d’importation de thé équitable. Les structures qui certifient du thé « commerce équitable », s’approvisionnent auprès de plantations de thé et d’organisations démocratiques de petits cultivateurs selon des règles commerciales qui comprennent:

1. Des salaires et des conditions de travail équitables pour le personnel

2. Le paiement d’un prix équitable négocié aux producteurs  (plantations et organisations de petits propriétaires

3. Une prime supplémentaire à l’investissement dans des programmes sociaux, économiques ou environnementaux

Entre 2000 et 2007, FLO (Fairtrade Labelling Organisation) a doublé le nombre d’organisation labellisées. Plus de 1,5 millions de producteurs et travailleurs en Asie, Afrique, Amérique du Sud, bénéficient du commerce équitable. Mais est-ce vraiment la seule solution que l’on a trouvée à tout ça ?

Heureusement depuis quelques années, de nombreux citoyens, dit « responsables » se sont rendus compte de l’impact de leurs modes de consommation sur les conditions de travail d’un ouvrier agricole, ou encore textile, à l’autre bout de la planète et cherchent aujourd’hui des alternatives pour espérer pouvoir défier, à leur petite échelle, les lois du commerce international conventionnel. Un seul mot d’ordre : « buveurs de thé de tous les pays, unissez-vous ! ».

Alors ça finit bien !?!??

Pas vraiment … il reste un dernier point : l’impact environnemental de cette chaine de production qui est catastrophique. Pourquoi ? La culture du thé est principalement de la monoculture intensive, très utilisatrice de pesticides et autres produits chimiques.  Le Sri Lanka compte des régions entières sur lesquelles on ne cultive que du thé, où aucune autre agriculture n’est développée. Conséquences ?

Appauvrissement et pollution des sols ainsi qu’un déséquilibre sur la biodiversité locale. Et pour l’Homme ? Commençons par les travailleurs qui sont les plus exposés à ces pesticides qui travaillent sans aucun équipements de protection (masque, gants …). Mais les résidus de cette contamination chimique se retrouvent également dans la tasse de thé que l’on consomme et seuls 16 thés sur un total de 60 analysés selon une étude de l’UFC  Que choisir, ne présenteraient pas de pesticides au stade de la consommation.

En vrac : le transport car il y a beaucoup de chemin à parcourir entre Colombo et Paris (souvent en bateau cargo puis dis camion … pouet pouet !). Le suremballage : du thé dans un sachet, lui-même dans un petit sachet mais plastique, lui-même dans une petite boite en carton elle-même entourée de plastique ! Prévision climatique ? 2° C de hausse des températures dans les pays producteurs anéantirait une grande partie des arbres à thé et il faudrait par conséquent les replanter mais plus haut dans les montagnes !

L’impact social, environnemental et économique du thé reflète bien la dangerosité d’une spécialisation à la Ricardo (c’est qui Ricardo ? le père fondateur du commerce international tel qu’on le connaît) sur le schéma de monoculture destiné à l’exportation. Il y a aussi le thé mais aussi la banane, le cacao, la canne à sucre, l’huile de palme etc.

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